Ce Tchad émergent à l’horizon 2030

Crédit Photo: ALLAH-NDIGTA David
Crédit photo: AFP

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L’émergence. Ce mot, qui a pris d’assaut la scène politique africaine, semble être de nos jours une énorme dune de sable sur laquelle sont construits les programmes des sociétés, véritables fictions pour certains, réalisables dans 10,15, 20 ans pour d’autres. L’acception du mot en lui-même est sujette à controverses. Toutefois deux idées rassemblent : celle d’un avenir paradisiaque pour les pauvres « mendiants de l’espoir » des enfers africains et l’établissement d’un Eldorado en Afrique, afin d’y faire revenir sa diaspora.  Mon pays, le Tchad, n’est en reste : « le peuple tchadien a aussi le droit de rêver (sic) » comme le soutien son Président. Rêve ou cauchemar ? Qu’à cela ne tienne ! Me voici donc plongé dans ce futur, porté par les beaux discours qui inondent quotidiennement nos radios et télévisions de Propagande Nationale. Je vous invite à savourer avec moi les délices que ce sera ce Tchad futuriste à l’horizon 2025.

Janvier 2030 : Idriss Déby Itno serait à la fin de son huitième mandat. Un mandat plébiscité par les motions de soutien de ses partisans afin qu’il puisse achever ce qu’il a entrepris depuis 40 ans et qu’aucun autre tchadien ne pourra mener à bon terme.

La présidence est délocalisée depuis quelques temps à Amdjarass (village, pardon ville natale du Président Déby), ainsi que tous les ministères. Cette gigantesque forteresse est sous la haute surveillance des militaires français qui ont, entre temps, à la demande du Grand Guerrier du Sahel, accepté de délocaliser aussi leur base militaire de N’Djaména à Amdjarass. La ville natale du Grand Camarade est devenue l’Eldorado où tous les tchadiens viennent chercher du travail. Le désert, qui était pourtant la caractéristique de cette contrée, fait place à une magnifique forêt artificielle, comme celle de Yatir en Israël. Des vastes étendues de champs irrigués où l’on cultive du coton, des arachides, du blé, des pommes de terres – bref, toutes les cultures- assurent l’autosuffisance alimentaire des 1.284.00 Kmdu Tchad. La zone industrielle construite à 25 km d’Amdjarass attire de nombreux investisseurs venus de tous les continents grâce à son aéroport international, où il y a toutes les trente minutes des vols de multiples compagnies aériennes. Amdjarass est devenu un havre de paix où affluent les soudanais et les libyens fuyant leurs interminables conflits armés.

A N’Djaména, l’ancienne capitale du Tchad, la vie est devenue calme. Les coupures d’eau et d’électricité sont de vieux souvenirs et ce, grâce à l’exploitation de la chute Ghottio. On peut sortir à n’importe quelle heure sans avoir peur d’être agressé par les brigands, désormais allergiques aux billets de banque, aux motos, aux bijoux en or et aux téléphones de marque. Ces brigands qui écumaient la ville, ont mis fin à leurs agressions grâce à la politique sociale « zéro chômage au Tchad », lors du sixième quinquennat de Idriss Déby Itno. Grâce au prix du ciment qui a été considérablement revu à la baisse, les maisons en « dour-dour » (terre battue) ont disparu faisant place aux duplex et maison en dur dont les devantures sont parsemées de pavé, non à la demande de l’ancienne maire Ngarlemdana.

Les fonctionnaires ont, quant à eux, depuis quelques années, cessé leurs sempiternelles revendications, étant donné que les salaires, versés régulièrement, et le pouvoir d’achat ont augmenté grâce à la répression de l’inflation artificielle des commerçants véreux par l’État.

La propriété est devenue le reflex des populations de N’Djamena, désormais vitrine de l’Afrique centrale. Les tas d’immondices qui jonchaient les rues de certains quartiers, les rendant dégueulasses n’existent plus. Car l’actuelle maire de N’djamena a rompu avec les vieilles habitudes de détournement de fond de ses prédécesseurs. Toutes les rues et ruelles de N’djamena sont bitumées et les inondations, la boue, les moustiques et les 50° Celsius à l’ombre, véritable calvaire des n’djamenois d’autrefois, ne sont plus que des lointains souvenirs que les enfants de l’émergence n’auront plus la malchance de revivre. Dans la foulée de ces innovations, le paludisme a été buté hors de nos frontières nationales.

L’administration publique a été assainie grâce à la politique de méritocratie « l’homme qu’il faut à la place qu’il faut ». Lors de son cinquième quinquennat, PR a fait renvoyé derrière les barreaux tous les vautours de la République. Par ailleurs, l’extermination des mangoustes a donné du succès à l’opération cobra, gagnant du crédit auprès de la fondation Mo Ibrahim. Elle a placé le Tchad en tête du classement de l’indice de la bonne gouvernance. Grâce à la fibre optique, on a plus besoin de courir dans les rues de l’ancienne capitale à la recherche d’une connexion haut débit payée à prix d’or.

Les intellectuels et les opposants tchadiens de la diaspora sont rentrés au bercail à la suite de « la politique de la main tendue », prônée par le Digne fils du pays, leur garantissant libéralisation du climat des affaires, sécurité et vie sauve.

Le pays dans son entièreté est désenclavé grâce à d’importants réseaux de communication. Tous les coins et recoins du pays de Toumaï sont desservis grâce aux réseaux routiers et ferrés. Des vastes programmes de dotation des écoles en infrastructures conséquentes ont fait disparaitre les écoles en hangar qui, jadis, handicapaient sérieusement l’école tchadienne. La baisse vertigineuse de niveau, caractéristique principale de l’éducation nationale, a été combattue avec vigueur, tout comme le mariage précoce et forcé, les mutilations génitales féminines ainsi que toutes les autres formes de violences faites aux femmes qui ont longtemps asservi la femme tchadienne.

Les populations des zones rurales, éleveurs et agriculteurs, grâce au code pastoral, ont appris depuis peu à vivre en cohésion, loin des médisances des autorités civiles et militaires qui, autrefois, alimentaient les conflits agriculteurs et éleveurs.

Les étudiants qui avaient l’habitude de faire des grèves interminables et violentes avant d’obtenir leur bourse, la perçoivent régulièrement. Ceux-ci sont devenus les étudiants les mieux traités au monde, grâce à l’émergence, aux infrastructures universitaires (Bibliothèques, laboratoires, salles de classe, logements, etc) de dernière génération faites construire par le Président de la République.

Au moment où je me rendrai à Doba dans le Logone oriental, la première région productrice de pétrole, afin de prendre des nouvelles de la ville, j’ai été réveillé par le muezzin. Mais ce qui est sûr, c’est qu’aidé par les 5% des revenus pétroliers, Doba ne sera pas loin de Doha…

Comme une révélation, c’est cet Eldorado qui attend les tchadiens dans une quinzaine d’années. Quoiqu’il en soit, patientons encore et acceptons de souffrir aujourd’hui dans cette « paix chèrement acquise » car la prospérité n’est plus loin. L’heure est à l’unité et au travail.

Le grand rêveur

ALLAH-NDIGTA David

À propos de l'auteur

ALLAH-NDIGTA DAVID

Citoyen tchadien, je prends du plaisir à mettre sur écrit mes joies et amertumes surtout celles du monde qui m'entoure. Épris d'une société où il fait bon vivre, je n'arrive pas à rester impassible face aux injustices de tout genre. Titulaire d'une licence en Sciences Juridiques et Politiques obtenue à l'Université Catholique d'Afrique Centrale (Yaoundé -Cameroun), je suis actuellement en Master anthropologie à l'Université de N’Djamena (Tchad)

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3 Commentaires

  1. Bonjour M. David,
    Toutes mes félicitations pour votre blog. J’ai lu votre premier article avec beaucoup d’attention et d’intérêt. Si je puis permettre, je voudrais attirer votre attention sur la longueur de votre article. Il me paraît très long et un peu ennuyant. Vous avez réussi à capter mon attention, mais plus tard, je m’en suis lassé. Vous pouvez écrire en deux poste ou faites un véritable travail de synthèse. En outre, le texte est rêveur, invraisemblable, digne d’un conte de fée. Il faudrait aussi revoir les sujets à aborder, de préférence, ceux qui traitent l’actualité.
    Cordialement,

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